Gagnants et perdants de la crise de Gaza

Le dernier cycle d’affrontements israélo-palestiniens, du 10 au 21 mai, a coûté la vie à 273 Palestiniens (dont 25 en Cisjordanie) et à 12 Israéliens. Pour les deux millions de femmes et d’hommes de la bande de Gaza, assiégée depuis quinze ans, c’est une nouvelle tragédie, qui aggrave les traumatismes des guerres de 2008-09, 2012 et 2014. Le « cauchemar dans le cauchemar » des bombardements israéliens d’une population déjà sous la botte du Hamas se poursuit, sans aucun espoir d’issue. « S’il y a un enfer sur terre, c’est la vie des enfants de Gaza« , a même déclaré le secrétaire général de l’ONU. Une fois rappelée cette terrible réalité, force est de constater que la crise a accentué certains rapports de force régionaux et internationaux, entre « gagnants » et « perdants ».

Benyamin Nétanyahou n’était plus, en milieu de journée du 10 mai, qu’un Premier ministre en sursis, incapable de former un nouveau gouvernement, sous le coup d’une triple mise en examen pour fraude, corruption et abus de confiance. En outre, la mobilisation pacifique des Palestiniens de Jérusalem-Est venait de lui infliger une cinglante humiliation, avec l’annulation des célébrations israéliennes de la « réunification » de la Ville sainte. C’est alors que les salves de roquettes, tirées depuis la bande de Gaza par le Hamas et ses alliés, ont permis à Nétanyahou de retrouver son rôle de prédilection : celui du défenseur intransigeant de la sécurité d’Israël, face aux « terroristes » bien entendu, mais aussi face à toute forme d’intervention extérieure, qu’elle soit diplomatique, humanitaire ou médiatique. La base inconditionnelle du Premier ministre a ainsi applaudi aux bombardements des bureaux des médias étrangers à Gaza, sans qu’aucune preuve de la présence du Hamas dans les sites visés n’ait été avancée.

Le Hamas a décidé, avec un absolu cynisme, de détourner à son profit la victoire symbolique des manifestants de Jérusalem-Est, en se posant en « défenseur » de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam. Il a ainsi capitalisé sur l’immense émotion suscitée dans la population palestinienne par une intervention israélienne jugée d’autant plus choquante qu’elle se déroulait durant le mois sacré de Ramadan. Il a marginalisé Mahmoud Abbas et son Autorité palestinienne, qui avaient cru perpétuer leur contrôle d’une partie de la Cisjordanie en repoussant sine die les élections législatives prévues ce 22 mai. Comme toujours depuis sa fondation en 1987, le mouvement islamiste a privilégié ses intérêts de parti sur ceux de la population, considérant que ses militants seraient mieux protégés que les simples civils des inévitables représailles israéliennes. Un pari que la brutalité de Nétanyahou rend malheureusement gagnant.

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