Samy Cohen : « Israël, une démocratie fragile » 

Israël n’appartient pas à la famille des démocraties libérales du monde occidental auxquelles les dirigeants de droite aiment tant le comparer. La double identité « juive et démocratique » dont il s’est doté fait de lui un modèle à part sans équivalent dans le monde.

Combien de démocraties libérales se définissent par la religion et lui accordent une place aussi prééminente ? Certes, les libertés des citoyens sont préservées, mais tous ne sont pas égaux en droits, les Juifs le sont plus que les Arabes. Sécularisation et affirmation de l’identité religieuse s’opposent frontalement. A la différence de pays comme la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis, le système des contre-pouvoirs y est rudimentaire.

C’est enfin la seule démocratie au monde qui depuis plus d’un demi-siècle soumet un autre peuple à sa domination, exerçant un contrôle sans partage sur plus de deux millions et demi de Palestiniens de Cisjordanie – sans compter le million huit cent mille de la bande de Gaza sous blocus – les privant non seulement de leurs droits politiques, mais également de leurs libertés individuelles et de toute perspective d’avenir. Alors que toutes les grandes puissances coloniales se sont défaites de leur empire, Israël s’est construit le sien, à contre-courant de l’histoire.

Autre constat, de loin le plus préoccupant : contrairement à une idée largement répandue, Israël est une démocratie fragile, réversible. La culture démocratique des Israéliens est mal enracinée. Cette démocratie peut vaciller, non pas suite à un improbable coup d’État, mais de manière indolore, par un effacement des contre-pouvoirs, basculant vers cette « tyrannie de la majorité » que redoutait tant Alexis de Tocqueville. L’histoire de ces dix dernières années, marquée par une offensive anti-libérale sans précédent de la droite nationaliste et religieuse, montre qu’à plusieurs reprises elle s’est trouvée au bord du gouffre. Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, le système des « checks and balances » a été ouvertement contesté, mais les Israéliens ne descendent pas massivement dans la rue pour défendre la démocratie.

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