Israël : la fin d’une illusion 

Les guerres peuvent être déclenchées par un incident isolé, mais leur cause est toujours plus profonde. L’élément déclencheur, ici, en l’occurrence l’éviction de Palestiniens en faveur de nationalistes israéliens dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, touche tous les points sensibles du conflit israélo-palestinien. L’occupation de Jérusalem-Est par Israël, le contrôle humiliant exercé sur l’accès à la mosquée Al-Aqsa, la mémoire toujours présente de la Nakba (le déplacement de 700 000 Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël), et les doléances de la minorité arabe en Israël alimentent l’actuelle flambée de violence.

Il est possible que la parcelle contestée de Cheikh Jarrah ait appartenu avant 1948 à une famille juive. Mais les Palestiniens voient dans l’incident la preuve de la volonté obstinée manifestée par Israël de « judaïser » Jérusalem, et le considèrent comme une injustice flagrante, car l’État d’Israël fut en partie construit sur les propriétés abandonnées des réfugiés palestiniens. Ainsi des juifs auraient-ils le droit de réclamer une propriété qui était la leur avant la fondation d’Israël, tandis que des Palestiniens ne l’auraient pas. Ceux qui risquent l’expulsion à Cheikh Jarrah ne peuvent retrouver les maisons à Jaffa et à Haïfa, qui étaient autrefois les leurs.

À première vue, la récente escalade de la violence suit le modèle de toutes les guerres intercommunautaires. Des musulmans qui observaient le ramadan ont crié des slogans nationalistes et se sont affrontés à des groupes d’Israéliens d’extrême droite qui criaient « mort aux Arabes ». Les Israéliens célébrant la Journée de Jérusalem, qui marque la prise, en 1967, de Jérusalem-Est et du mont du Temple, le lieu où s’édifiait le Second Temple de la Bible et où fut achevée, en 705, la construction de la mosquée Al-Aqsa, défilaient avec arrogance derrière leur drapeau national. Des affrontements, autour et aux abords de la mosquée ont éclaté, les fidèles lançant depuis l’esplanade des pierres sur la police israélienne, qui a répondu en tirant des balles en caoutchouc et d’autres projectiles et causé des centaines de blessés.

Mais les jeunes manifestants arabes pouvaient revendiquer une victoire, car ils avaient contraint la Cour suprême israélienne, qui devait délibérer sur les évictions de Cheikh Jarrah, à reporter son arrêt. Ils avaient également contraint la police à changer le parcours de la manifestation pour la Journée de Jérusalem afin qu’elle évite le quartier musulman de la vieille ville.

La suite ici : Israël : la fin d’une illusion | by Shlomo Ben-Ami – Project Syndicate