Ce qui se passe à Jérusalem n’est une surprise que pour ceux qui ne veulent pas voir

Ceux qui pensaient pouvoir désormais passer le conflit israélo-palestinien par pertes et profits viennent de se voir infliger un cinglant démenti. La spirale de violences, de larmes et de sang, de pierres, de roquettes et de balles qui a explosé à Jérusalem-Est puis en Israël et à Gaza rappelle à ceux qui voulaient l’ignorer que la guerre y est toujours tapie. Les accords d’Abraham, ces deux traités de paix signés en août 2020 entre Israël et les Émirats arabes unis d’une part, et entre Israël et Bahreïn d’autre part, n’ont rien résolu du tout.

S’il en est un qui n’a pas été surpris par ce nouvel embrasement, c’est bien Charles Enderlin, dont on a pu de nouveau entendre les commentaires, voix posée, grave et chaude à cette occasion. Toujours basé à Jérusalem, l’ancien correspondant qui fut aux manettes du bureau de France 2 pendant près de trente ans vient de publier De notre correspondant à Jérusalem – le journalisme comme identité (Éd. Don Quichotte, 2021). L’ouvrage permet d’inscrire cette ultime déflagration dans une continuité et fournit ainsi une utile clé de compréhension.

Y est évoqué par exemple la première fois où le très délicat problème de la souveraineté sur Jérusalem fut abordé, dès septembre 1978, lors des premières négociations de Camp David entre Menahem Beguin et Anouar el-Sadate, et comment l’habileté de plume de Jimmy Carter permit d’éviter d’avoir à trancher la question.

«Enderlin a découvert les Palestiniens avec Oslo [du nom du processus de négociations officialisé en 1993], raconte son ancien collègue de France 2, Gérard Grizbec. C’est d’ailleurs un admirateur de ce processus, il y a cru, et il est resté longtemps sur cette ligne», nouant des relations approfondies avec nombre d’acteurs palestiniens de ces négociations, tels Fayçal Husseini et Saeb Erekat.

Les développements sur le rôle de deux hommes, deux généraux devenus Premiers ministres, Yitzhak Rabin et Ehud Barak, sont particulièrement intéressants pour saisir les germes de la situation actuelle. C’est en effet Rabin qui obtint le premier accord entre les deux adversaires; mais, comme on le sait, il fut soumis à une opposition d’une très grande aggressivité de la part de l’extrême droite israélienne, laquelle aboutit à son assassinat. Barak, lui, fut sans doute celui qui alla le plus loin dans la recherche de l’accord final; mais, subissant également des pressions très fortes, il renonça à réaliser des retraits pourtant acceptés de l’occupation israélienne de la Cisjordanie.

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