Deux ministres face au docu #SalePute 

Le documentaire #SalePute frappe fort. Et pas seulement par la réalité terrible que racontent les femmes du monde entier, cibles de violences sexistes en ligne. Il dénonce l’impunité des agresseurs et l’indifférence des institutions. En interview, Florence Hainaut et Myriam Leroy insistent sur leur message: “Placer le focus sur l’indifférence des institutions et de la population à la haine et au mépris des femmes. Ce film n’est pas une galerie de portraits de femmes suppliciées, c’est un documentaire politique, qui expose les effets sur la démocratie de la violence qui est exercée contre les femmes par des moyens numériques”. On se prend ce film en pleine figure. Dans la salle de réunion de la tour des Finances, la secrétaire d’État à l’Égalité des genres Sarah Schlitz et le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne aussi. Elle en avait déjà vu des extraits, lui, les découvre en live.

Première séquence. Un condensé de témoignages. Face caméra, Tanja Milevska, correspondante pour un média mécédonien à Bruxelles, se penche et lit des messages qu’elle a reçus sur son smartphone. “Tant que tu ne t’es pas fait violer, ça ne compte pas. Tanja est une putain et une ordure.” Les autres témoins enchaînent, dans toutes les ­langues. Leila Agic, députée socialiste bruxelloise: “Je souris quant à ta lapidation en place publique, quand ils auront pris le pouvoir”. Sara Lou, youtubeuse et experte en marketing: “Si je te croise un jour en rue, ce sera ton dernier jour à vivre”. Alice Barbe, directrice de Singa, ONG d’aide aux migrants: “Elle aime bien les grosses bites, salope”. Florence Mendez, humoriste: “Tu l’ouvriras moins grand, ta gueule, une fois que t’auras ma bite dedans”. Nadia Daam, journaliste et autrice: “Il y a moyen de t’enculer à sec avec du gravier et de la harissa, Nadia Daam, #JeSuisCharlie #EnTerrasseAvecLaKalach #MaFemmeEtMonFouet”.

Dès les premiers mots de Tanja Milevska, les visages se figent. Entre émotion et gravité. Sarah Schlitz regarde intensément, penchée vers l’écran. Le ministre de la Justice ravale sa salive. Intéressant de confronter un homme à ces ignominies adressées à des femmes. On va commencer par lui…

Comment réagissez-vous devant ces images? Que pouvez-vous dire à ces femmes qui reçoivent ce genre de messages tous les jours?

Vincent Van Quickenborne :  Les gens, surtout les hommes, ne savent pas que c’est un ­phénomène systématique. Ce genre de chose ne se passe pas “parfois”. C’est très fréquent. Avec les réseaux sociaux, aujourd’hui, pour beaucoup de femmes c’est une réalité actuelle, quotidienne. Je crains qu’alors les hommes s’emparent des réseaux sociaux et que les femmes n’osent plus y être. Bien évidemment c’est inacceptable. Je pense qu’il faudra non seulement prendre conscience que cela existe, mais aussi qu’il faut une réponse du politique, de la police et de la justice. Et j’espère qu’en montrant ces images, les femmes seront davantage prêtes à porter plainte. Apparemment aujourd’hui 73 % des femmes dans le monde sont confrontées au harcèlement. Avec ces témoi­gnages je pense que beaucoup de gens vont ­commencer à comprendre.

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