La guerre cognitive et les vulnérabilités des démocraties

Alors que pendant longtemps on a parlé de guerre de l’information, guerre de l’information qui vise à contrôler le flux d’informations (1), la guerre cognitive va beaucoup plus loin. Cette dernière est une guerre pour l’information telle qu’elle est transformée en connaissance via les processus de cognition inhérents à notre cerveau (2). Elle utilise la connaissance dans un but conflictuel sur le long terme.

Le but poursuivi est par conséquent de casser la confiance de la population dans les processus électoraux, dans les institutions, dans les politiques, par rapport aux alliances et partenaires, etc. Il s’agit d’affaiblir la cohésion, d’influencer les cœurs et les esprits et de détériorer la volonté de combattre et la résilience de nos sociétés (légitimité et autorité des institutions démocratiques). Dans la guerre cognitive, le centre de gravité est donc avant tout la population au sein des démocraties. La guerre cognitive ne fait en outre pas la distinction entre la guerre et la paix, entre le combattant et le non-combattant : tout le monde est une cible potentielle.

Bien que le pouvoir de persuasion soit reconnu depuis Sun Tzu et Aristote, il existe désormais la capacité d’affecter plus efficacement les capacités cognitives humaines via les nouvelles technologies. En effet, la quantité d’information à laquelle nous sommes exposés croît de façon exponentielle et est inextricablement liée aux technologies. Par conséquent, le développement de moyens de plus en plus sophistiqués tels que l’intelligence artificielle, les stratégies de communication, le marketing, le branding et les neurosciences facilitent la manipulation et forment un défi majeur en raison des caractéristiques inhérentes à l’être humain, à savoir les biais cognitifs, l’heuristique, etc.

Les sociétés occidentales sont devenues des cibles faciles de la guerre cognitive livrée par nos adversaires dont la Chine et la Russie. Cela en raison de l’ère de la post-vérité, de l’individualisme, de la polarisation et de la méfiance à l’égard de l’État, d’autant plus que les émotions ont pris le dessus sur la raison. Nous regardons plus facilement les informations qui confirment notre idéologie, au lieu des informations contradictoires. Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux ont amplifié les préjugés. Il y a maintenant une surcharge d’informations (invérifiables), les gens lisent les titres, mais pas le contenu, sont attirés par le sensationnel, les images plus que le texte. Les faits sont remis en question. Les individus cherchent des informations et les personnes sur les réseaux sociaux confirment leurs logiques (chambres d’écho) : cela exacerbe les antagonismes existants, sème la division sociale et mine la foi dans les institutions. Les ennemis de la démocratie l’ont bien compris et amplifient à travers les fake news, deep fake et autres, ces discordes à leur profit.