Les réformes électorales menacent-elles la démocratie des États-Unis ?

Quelques mois à peine après les victoires historiques des Démocrates aux élections présidentielles et sénatoriales dans l’État de Géorgie, son gouverneur républicain, Brian Kemp, a promulgué une loi qui réécrit largement les règles électorales de l’État. Le texte a provoqué un tollé. Les Démocrates, les défenseurs des droits civiques et les leaders afro-américains ont accusé les Républicains de s’attaquer au droit de vote en cherchant à limiter le vote par correspondance et l’accès aux urnes, notamment pour les électeurs noirs qui votent traditionnellement pour les démocrates.

Des entreprises de premier plan, comme Coca-Cola ou Delta, ont condamné l’adoption de la loi, et la Major League de baseball a délocalisé le All-Star Game 2021 dans le Colorado. Le président Biden est allé jusqu’à y voir une loi pire que « Jim Crow », ces lois de ségrégation raciale promulguées par les législatures des États du Sud, dont faisait partie la Géorgie, de la fin du XIXe siècle aux années 1960. Une exagération qui rappelle les hyperboles véridiques de Donald Trump.

Une lecture détaillée de cette loi en montre toute l’ambiguïté. Ainsi, elle garantit l’existence d’urnes de dépôt des bulletins (drop boxes) pour le vote anticipé, mises en place avec les dispositions d’urgence de 2020 dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, mais elle en limite le nombre. Autre exemple : la loi exige dorénavant un numéro d’identification pour les votes par correspondance. Or, aux États-Unis, il n’y a pas de carte d’identité nationale (fédérale) et les populations les plus pauvres n’ont pas forcément de permis de conduire.

Ces lois d’identification des électeurs sont donc souvent perçues comme particulièrement discriminatoires sur le plan racial. Toutefois, en Géorgie, un numéro de sécurité sociale (que possèdent presque tous les Américains) suffira. De plus, et de façon contre-intuitive, la recherche universitaire tend à montrer que ces lois d’identification n’ont qu’un effet faible ou négligeable sur la participation électorale. Elles sont également soutenues par une majorité d’Américains, pourtant opposés aux autres restrictions du droit de vote.

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