Emmanuel Macron, le «survivant désigné»

Depuis son élection, il y a quatre ans jour pour jour, Emmanuel Macron n’a cessé d’alimenter les commentaires. C’est sa qualité première. Il est «commentable» si on peut dire comme d’autres sont bankables. On guette ses apparitions, on scrute ses faits et gestes. Ses discours sont passés au scanner des lexicographes. On lui prête des arrière-pensées, des stratégies secrètes. On lui attribue des dons surnaturels, ceux d’un surdoué capable de séduire ses interlocuteurs les plus rétifs. Celui qu’on qualifiait il y a quatre ans de «Mozart de la finance» a grandi et élargi le champ de ses compétences, il est désormais le meilleur épidémiologiste de France mais aussi un hypnotiseur, un narrateur et un scénographe qui met les moyens de l’État au service du grand récit national.

Emmanuel Macron se donne à lire moins comme un sujet politique doté d’une puissance d’agir que comme une surface à déchiffrer. C’est un phénomène de distorsion de la notoriété qui se manifeste par l’inflation des commentaires. Une inflation qui va de pair avec le discrédit de tous les experts considérés à juste titre comme des narrateurs peu fiables. L’analyse politique cède ses armes à une vulgate pseudo-scientifique qui emprunte à la sémiologie, à la linguistique, à la psychanalyse, à la sociologie culturelle. Fuite en avant du discours dans l’espace évidé du politique alors que la puissance d’agir de l’État se mue en un volontarisme impuissant.

Au soir de sa victoire, Emmanuel Macron était apparu seul, marchant d’un pas lent dans la nuit jusqu’à la pyramide du Louvre, au son de L’Ode à la joie, l’hymne de l’Union européenne. Le choix du lieu n’était pas innocent. Ni la Bastille où furent célébrées les victoires de la gauche, ni la Concorde réservée à la droite. La Cour Napoléon pour l’histoire, la pyramide du Louvre pour la modernité. La plus belle perspective de Paris comme horizon d’attente. «Tout le monde nous disait que c’était impossible, mais ils ne connaissaient pas la France», prononça-t-il en écho aux mots de Barack Obama en 2008: «Ils disaient que c’était impossible, que ce jour n’arriverait jamais.» Pour évoquer ce moment déterminant de l’histoire, le chœur des commentateurs a adopté spontanément le lexique de la révélation: paroles légendaires, homme providentiel, élection historique.

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