Pourquoi la pandémie tourne au chaos en Inde

Varanasi, India - March 21: Hindu pilgrims take holy bath in the river ganges on the auspicious Maha Shivaratri festival on March 21, 2013 in Varanasi, Uttar Pradesh, India

Le virus est aveugle. Mais les modes de gestion de celui-ci ne le sont pas. L’Inde a connu une première vague de contaminations en mars 2020. Elle s’est très mal passée: chaos, confinement décrété quasiment du jour au lendemain, retour de millions de personnes dans leur village… Le pays a mis au moins trois mois à s’en sortir. La première vague est retombée et c’est à ce moment-là que la gabegie est apparue. Le gouvernement a fait comme si le problème était résolu parce qu’à peu près 50% de la population avait été touchée par le coronavirus. Ensuite, il a mis en avant une diplomatie du vaccin. L’Inde en étant le premier producteur mondial, le gouvernement a déconfiné le pays et a tablé sur la vaccination comme solution à la crise sanitaire. Mais celle-ci a traîné. Encore aujourd’hui, très peu d’Indiens sont vaccinés, autour de 5% d’entre eux.

Cet échec s’explique-t-il par l’exportation de ces vaccins?

Le vaccin a surtout été une arme diplomatique utilisée par le régime de Narendra Modi pour faire partie de la coalition contre la Chine sur le mode « nous sommes le premier producteur mondial de vaccins et nous allons en fabriquer pour le monde entier. » Au plan national, le gouvernement a joué la carte de la vaccination de masse sans la mettre en oeuvre. Il a laissé le pays se déconfiner. De surcroît, il a poursuivi la politique qu’il a engagée depuis son accession au pouvoir, basée sur un hindouisme fondamentaliste et une lutte politique sans merci. C’est ainsi que les autorités ont laissé se dérouler des rassemblements religieux massifs. Les images de la Kumbh Mela dans l’Uttarakhand, lieu de la densité la plus forte de la population indienne le long de la vallée du Gange, ont fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, des meetings politiques ont été organisés depuis l’automne à l’occasion de cinq grandes élections régionales. Je pense en particulier à celle qui se déroule dans l’Etat du Bengale occidental, où le parti fondamentaliste hindou du BJP (NDLR: Bharatiya Janata Party, Parti indien du peuple) a une chance de l’emporter face à deux grandes coalitions régionales, ce qui serait historique. Non seulement les autorités ont laissé ces élections se tenir mais celles-ci ont été étalées sur huit rounds pour permettre au Premier ministre et à ses équipes de faire directement campagne sur le terrain dans des meetings monstres. Car le charisme à l’oral est la force du populisme de Narendra Modi. Pendant un mois, on a donc vu des meetings avec des centaines de milliers de personnes, sans aucun masque ou protection et sans aucune distanciation physique.

Quelles ont été les conséquences concrètes de ce laxisme?

L’obsession politique de ce gouvernement a complètement mis de côté les risques de reprise d’une vague épidémique. L’absence de bonne gouvernance a conduit à sous-estimer l’importance de mener des repérages génomiques réguliers à grande échelle, de façon à cerner non seulement le virus d’un point de vue général mais surtout ses variants. C’est au Bengale occidental que sont apparus des variants spécifiques, le B.1.617 et le B.1.618. Dès lors que la population atteint une forme d’immunisation collective, le virus a tendance à muter. Il y a eu une double mutation, en pleine campagne électorale, à cause du mantra que toute la population serait vaccinée et que la situation allait être réglée. S’est en outre greffé sur cette conjoncture le mantra économique: le Fonds monétaire international (FMI) avait prévu que la croissance indienne allait fortement rebondir en 2021, à + 12%. C’est tout le contraire qui s’est passé. Une véritable catastrophe

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