Ceux que l’Amérique abandonne en Afghanistan

D’un côté, la décision du président Joe Biden de retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan d’ici le 11 septembre est parfaitement logique. Elles y ont été envoyées il y a vingt ans pour en extirper Al-Qaïda qui avait tué 3.000 Américains lors de l’attaque contre le World Trade Center et le Pentagone. Cet objectif a été atteint il y a dix ans. Depuis, l’armée américaine tente d’aider le gouvernement du pays à construire une société civile, et son armée à tenir les talibans à distance. Aucune de ces deux entreprises n’a réussi. Ça n’a que trop duré. Il est temps de rentrer.

D’un autre côté, le moment choisi pour ce retrait, annoncé lors d’une allocution télévisée mercredi 14 avril, semble curieux. Cela fait un bon moment que les soldats américains se désengagent et ne jouent plus un rôle actif dans les combats. Au maximum, ils étaient au total 98.000 et en vingt ans, 2.488 d’entre eux sont morts. Aujourd’hui, il reste tout juste 3.500 soldats américains en Afghanistan –dont 1.000 appartiennent aux forces spéciales– et il n’y a pas eu le moindre mort depuis un an.

D’aucuns pourraient se demander, pourquoi une telle hâte à partir?

Voilà pourquoi: vers la fin du mandat Trump, les négociateurs américains ont signé un accord avec les talibans, par lequel ils s’engageaient à retirer toutes les troupes d’Afghanistan d’ici le 1er mai 2021 –en échange de quoi les talibans renonçaient à toute future coopération avec Al-Qaïda (l’organisation État islamique s’impose depuis peu en Afghanistan, mais les talibans comme Al-Qaïda s’y opposent farouchement). Si les soldats américains ne sont pas partis d’ici là, alors les talibans les attaqueront militairement et les États-Unis seront forcés de retourner au combat, ce qui est bien la dernière chose que veuille Biden, et à peu près tout le monde d’ailleurs.

Il existe cependant un plus gros problème, en tout cas du point de vue afghan. Les soldats américains, malgré une présence relativement légère ces dernières années, ont accompli des missions antiterroristes à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan; ils ont empêché les talibans de s’emparer intégralement du pays et ils ont protégé les droits des filles et des femmes, qui seraient réduites à un épouvantable asservissement, comme c’était le cas pendant le bref règne des talibans avant l’invasion américaine, si les troupes occidentales partaient (les forces de l’OTAN, un peu supérieures en nombre, vont emboîter le pas aux soldats américains et quitter le pays).

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