L’altruisme des données peut-il sauver le monde?

Les données personnelles sont aujourd’hui un des biens les plus convoités. Les entreprises en raffolent, les autorités publiques ne cessent d’en demander. La lutte contre la pandémie du Covid-19 a depuis le début impulsé une accélération des traitements de données, y a inclus des données extrêmement sensibles, mais aussi des informations que n’avions pas l’habitude de collecter dans nos sociétés démocratiques : qui est infecté, quels ont été les « contacts », qui correspond aux critères de priorité pour la vaccination, quelles ont été les destinations de vacances… Il nous faut des données, en masse. Une fois obtenues on veillera à les combiner, si cela s’avère utile, et à les faire parvenir à qui en aurait besoin pour tel ou tel objectif, tout en veillant à en conserver autant que possible pour la science, qui en est aussi friande.

L’accès aux données est au cœur du développement de l’Intelligence artificielle (IA), dont la promotion, pour l’Union européenne, est devenue depuis 2020 un but en soi (1). La Commission européenne a d’ailleurs, depuis l’année passée, établi un lien direct entre l’ambition de faire de l’Europe un acteur mondial de l’IA, d’une part, et sa stratégie pour les données (2), d’autre part. Cette stratégie s’inscrit dans une longue histoire d’initiatives en faveur de la disponibilité des données, dont les origines datent des années 1970.

Il n’est pas toujours facile de faire circuler les données. Des initiatives ont par le passé instauré le principe de libre circulation entre États membres : celle des données personnelles est l’objet prioritaire du droit à la protection des données dont le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) constitue le fer de lance(3) ; un autre Règlement, moins connu, a établi celle des données non personnelles (4). L’accès aux données aux mains des autorités publiques a été fluidifié avec des instruments culminant en la ‘Directive Open Data’(5). Des propositions législatives se succèdent actuellement pour essayer d’arracher quelques données aux grandes plateformes de l’internet (6).

Une des dernières idées en date de la Commission européenne est celle d’accroitre la disponibilité des données en allant piocher à la source même de ces informations, c’est-à-dire chez les citoyens eux-mêmes. C’est ici que la notion d’ « altruisme des données » entre en jeu. Le raisonnement est, grosso modo, le suivant : l’accès aux données pouvant être une bonne chose pour la société en général, il convient donc de demander aux individus d’en partager plus. En échange, et pour le rassurer, on leur promettra que ces données ne seront traitées que pour le « bien commun » (7). Ou bien pour le « bien public » – le terme exact dépend du texte (8) En tout cas, il faut partager plus, parce que… ce sera bien. Pour tous. C’est le message.

La suite ici : La chronique Carta Academica – L’altruisme des données peut-il sauver le monde?