Comment les Etats-Unis ont consolidé un narco-Etat en Afghanistan

Joe Biden a décidé de mettre fin en Afghanistan, en septembre prochain, à la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis. Tout a déjà été écrit, et très bien écrit, sur le paradoxe de ce conflit, déclenché pour renverser les talibans, avec qui Washington négocie aujourd’hui les conditions les moins défavorables de son retrait. En revanche, peu d’attention a été accordée au fait que l’Afghanistan, où les talibans étaient parvenus en 2001 à interdire la culture du pavot, est redevenu la principale source de l’héroïne mondiale durant chacune des vingt années de l’intervention américaine. Avec 20% à 30% du PNB afghan liés à l’opium, la République islamique de Kaboul est gangrénée à bien des égards par la production et le trafic de stupéfiants (à titre de comparaison, seuls 6% du PNB colombien étaient liés à la cocaïne au plus fort de l’activité des cartels, à la fin du siècle dernier).

Le mollah Omar édicte, en juillet 2000, une fatwa proscrivant l’opium comme contraire à l’Islam, dans une vaine tentative de briser l’isolement international du régime taliban, reconnu par seulement le Pakistan, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. L’éradication du pavot sur l’ensemble du territoire taliban donne un coup d’arrêt sans précédent au trafic mondial d’héroïne. La brutalité d’un telle interdiction fragilise l’assise paysanne des islamistes, contribuant à la rapidité de leur chute, à l’automne 2001, lors de l’offensive déclenchée par les Etats-Unis, en représailles aux attentats du 11-Septembre. Les seigneurs de la guerre que les talibans avaient expulsés retrouvent leurs fiefs avec le titre de « gouverneurs », notamment dans les deux provinces les plus productrices d’opium que sont le Helmand, au sud, et le Nangarhar, à l’est. Malgré les déclarations de Hamid Karzai, le président installé par Washington, l’Afghanistan renoue dès 2002, avec 3400 tonnes d’opium,  avec son niveau de production de 2000 (planté à l’automne, le pavot est récolté au printemps)

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