La fonte des 220 000 glaciers du monde s’accélère

Une étude publiée le 28 avril met en lumière l’accélération de la fonte des glaciers sous l’effet du réchauffement climatique. Une dizaine d’organismes internationaux de recherche y ont participé, dont le CNRS en France (avec le soutien du CNES, Centre national d’études spatiales) : ils ont établi la cartographie la plus précise et la plus complète de ce phénomène à ce jour. L’ensemble des 220 000 glaciers de la planète ont été auscultés.

L’étude publiée dans la revue Nature a été chapeautée par Étienne Berthier, glaciologue au CNRS, qui répond aux questions de France Culture.

Quelle méthode avez-vous utilisé pour observer la fonte des glaciers ?

L’étude court sur la période entre 2000 et 2020. Nous avons utilisé des couples d’images stéréoscopiques : deux images de la surface terrestre prises par satellite mais pas exactement du même endroit, avec un léger décalage entre les deux images. C’est ce léger décalage qui nous permet de reconstruire le relief. De même que nos deux yeux nous permettent de voir la réalité en trois dimensions, d’avoir une notion de la profondeur : avec deux images légèrement décalées dans l’espace, on peut reconstruire de manière précise la topographie de la surface terrestre.

Vous avez pu réaliser une cartographie précise à partir de combien d’images satellites ?  

Nous en avons traité environ 500 000, ce qui fait que pour chaque glacier du globe, on a environ une quarantaine d’observations de leur altitude entre l’an 2000 et 2020 en moyenne. Cela nous permet de reconstruire une série de mesures de l’altitude des glaciers qui nous permettent d’estimer leur changement d’épaisseur et leur changement de volume. C’est un peu l’originalité de cette cartographie de l’ensemble des glaciers du globe qui sont 220 000. L’intérêt par rapport aux autres études, c’est que les incertitudes sont considérablement réduites. La valeur de la perte des glaciers sur les 20 dernières années en soi ne constitue pas une grosse surprise : 270 gigatonnes de glace en moyenne par an. Chaque année, cela représente l’équivalent d’une couche d’eau de 50 cm qui recouvrerait l’intégralité de la France métropolitaine.

Cette méthode est importante car elle apporte une haute précision dans nos mesures et cela a été une surprise de voir que la perte de masse s’est considérablement accélérée au cours des 20 dernières années. Dans certaines régions, les amincissement ont plus que doublé. D’ailleurs, si le chiffre moyen de perte de glaces entre 2000 et 2020 est de 267 gigatonnes par an, il est passée de 220 gigatonnes au cours des 5 premières années étudiées (2000-2005) à près de 300 gigatonnes par an sur les 5 dernières (2015-2020). L’accélération est rapide, avec des amincissements constatés d’une région à l’autre : par endroit, les glaciers perdent plus d’un mètre par an, quand d’autres régions résistent plutôt mieux.

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