En politique, la diabolisation cartonne auprès des électeurs

Pour être élu en politique, est-il efficace de miser sur la destruction de l’image de son adversaire? Oui, et c’est même plus le cas que jamais. C’est la conclusion de deux chercheurs de l’université de Lausanne qui ont comparé les comportements électoraux dans 14 pays européens de 1961 à 2018. En soixante ans, le climat social est devenu plus conflictuel et les électeurs sont de plus en plus séduits par le rejet de l’autre. Un changement loin d’être anodin puisqu’il est en train de recomposer le paysage politique des démocraties occidentales.

Pour arriver à cette constatation, l’étude s’est penchée sur l’évaluation des dirigeants par les électeurs dans ces 14 pays sur une échelle de 0 à 10. Résultat: les notes obtenues ont chuté en moyenne d’un point et demi depuis les années 1960. Cette cote d’approbation est tombée aujourd’hui en-dessous de 5, alors qu’auparavant la population avait plutôt tendance à approuver leurs chefs d’État.

«Les électeurs raisonnent moins en termes de choix de la meilleure alternative politique, mais cherchent plutôt à éviter celle qu’ils perçoivent comme la pire», explique Diego Garzia, un des deux chercheurs à l’origine de l’étude, à El País. «Nos résultats confirment l’existence d’une relation solide et statistiquement significative entre les évaluations négatives des dirigeants et le choix du vote».

Les chercheurs ont également voulu expliquer le style de plus en plus conflictuel du paysage politique européen. Ils relèvent l’augmentation du nombre de campagnes électorales basées sur des sentiments négatifs mais au-delà de cela, il y a de base une polarisation croissante de l’électorat. Les électeurs sont de plus en plus influencés par des médias partisans et par les réseaux sociaux, où ils sont enfermés dans des « bulles de filtres » qui les isolent des opinions divergentes des leurs.

Si ces constatations valent pour toute l’Europe, les deux politologues remarquent qu’il y a des nuances entre tel ou tel pays. Parmi les États étudiés, les Danois sont ceux qui accordent le moins d’importance à l’opinion (positive ou négative) qu’ils ont de leurs dirigeants. Le vote des Espagnols, au contraire, est le plus émotif.

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