Nous assistons à une rupture géopolitique radicale qui oblige l’Europe à ajuster son projet

Nous sommes désormais exposés à trois mêmes périls : changement climatique, destruction de la biodiversité et pandémies à répétition. Certes, les rapports de force stratégiques resteront un facteur structurant de l’ordre mondial, mais ils sont subordonnés à la lutte de toute l’humanité contre les mêmes dangers. Ils appellent une coopération entre tous les États, Chine et États-Unis compris, malgré leur rivalité systémique.

L’Europe a ici un rôle majeur à jouer et d’abord par son exemplarité dans la lutte climatique qui appelle la résorption du fossé Nord-Sud, un aspect en effet indissociable à travers les migrations intercontinentales, notamment avec l’Afrique.

L’Europe est en effet comptable de l’ordre du monde issu de deux siècles d’hégémonie occidentale. En inventant le capitalisme et l’État de droit au moment de la Révolution industrielle, l’Europe s’est en effet donné les deux outils de la modernité du monde occidental. Ils se sont révélés, à travers les luttes coloniales, les instruments de son hégémonie sur le monde. La division internationale du travail qui perdure aujourd’hui s’est ainsi trouvée façonnée par les besoins de l’Occident. Le prix en a été la part du lion pour l’Ouest, avec deux conséquences : un fossé économique entre pays avancés et anciennes colonies, et une détérioration de la biosphère terrestre, aujourd’hui à un stade critique.

Avec la mondialisation des années 1980, l’Occident a aujourd’hui perdu son emprise sur le monde : la renaissance de l’Asie et l’émergence de la Chine comme rival hégémonique des États-Unis, forcent aujourd’hui l’Occident à s’ajuster et, notamment l’Europe, à construire un modèle social compatible avec l’environnement, mais aussi avec le développement soutenable du reste du monde. C’est la mort du néolibéralisme occidental et l’ouverture d’un nouvel horizon pour la pensée politique en Europe. Dans cette conversion forcée, l’Europe peut en effet trouver ce qui lui manque depuis trois quarts de siècle, pour se doter des deux fondements d’une démocratie vivante : un Exécutif fort et un démos européen. L’UE élargie au continent a été jusqu’ici réduite à un espace économique traversé de rivalités et de hiérarchies non avouées, notamment entre Est et Ouest, entre France et Allemagne qui décrochent insidieusement l’une de l’autre. Le ciment démocratique n’a pas encore pris, témoins les tensions avec la Hongrie et la Pologne. C’est que les mémoires des peuples ne sont pas les mêmes entre l’Europe atlantique et libérale et l’Europe continentale et de tradition autoritaire.

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