La carte blanche de trois experts: «Il est temps d’adapter notre stratégie»

A l’heure où s’amorce une diminution des hospitalisations, où une proportion croissante de la population à risque est vaccinée, et avec l’arrivée prochaine de la saison estivale, la reprise de toute une série d’activités devrait être envisagée. Nous entrons donc dans une période particulièrement critique.

A court terme, le report éventuel de l’ouverture de différents secteurs en raison d’un taux d’occupation des soins intensifs encore trop élevé va venir se heurter de plein fouet à une résistance de plus en plus organisée et déterminée à s’affranchir des mesures par des professions à bout de souffle et par des segments de la population en mal-être psychologique, social ou économique. Qu’on en juge : les théâtres expriment leur exaspération par des occupations qui s’étendent, certains dans l’horeca annoncent une ouverture au 1er mai quelles que soient les décisions gouvernementales, des rassemblements festifs s’organisent plus ou moins spontanément dans plusieurs villes. Il suffit également de se rendre dans des lieux touristiques et/ou publics pour se rendre compte de la très relative application de la distanciation physique et/ou du port correct du masque sans parler de la bulle sociale limitée à une personne, impossible à contrôler et dont l’application se délite complètement. Face à cette situation, le risque est grand d’une escalade dans la répression de la part des autorités qui persisteraient à appliquer les mêmes mesures indistinctes.

A long terme, la stratégie centrée sur la vaccination des personnes à risque et qui considère qu’il faut tenir avec les dispositifs actuels pour pouvoir reprendre une vie « normale » dès qu’une part suffisante de la population aura été vaccinée présente de nombreux risques. La conséquence des dynamiques évolutives qui conditionnent l’apparition et la propagation de différents variants résistants aux vaccins reste encore très difficile à prévoir. En outre, la recherche d’une couverture vaccinale suffisante pour empêcher la transmission dans la population risque de se heurter à l’hésitation vaccinale, en particulier dans les groupes d’âge où la balance bénéfice/risque sera plus faible. Une stratégie « zéro covid », comme celle appliquée par certains pays, ne semble pas envisageable à l’échelle de la Belgique, en raison de notre situation géographique et de notre économie ouverte. En tout état de cause, et malgré la vaccination, les risques de reprises épidémiques, en particulier lors de l’automne et de l’hiver prochain, ne peuvent être ignorés.

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