Incident Michel/ Von der Leyen: le symbole du déclin géopolitique et de l’obésité institutionnelle de l’Europe 

Le public européen a été fortement choqué, à juste titre, par l’image de Charles Michel s’empressant d’occuper le seul fauteuil et abandonnant Ursula von der Leyen sans siège à Ankara. Certains ont trouvé les justifications les plus sidérantes sur le plan juridique ou protocolaire, mais elles ne changent rien à la réalité. On trouve aisément sur internet de très belles photos de la rencontre antérieure entre Recep Tayyip Erdogan, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, siégeant, eux, sur trois fauteuils de même taille. Ce n’est donc pas très difficile à organiser, encore faut-il le vouloir.

Le spectacle catastrophique pour l’égalité hommes/femmes, qui ne semble en rien perturber le président du Conseil européen, ne doit pas occulter deux autres impacts systémiques importants de cet incident.

D’une part, c’est la troisième fois en quelques mois que l’Union européenne se voit humiliée dans ses rapports avec ses plus grands voisins. La première fois, à Londres, la Grande-Bretagne a refusé de reconnaître la délégation de l’Union comme vraie ambassade. Un geste de mépris, réservé aux cercles diplomatiques, mais certain. La deuxième fois, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a humilié en public son homologue européen, Josep Borrell. Autre geste de mépris, plus fort et plus visible.

A Ankara, la Turquie a fait savoir qu’elle avait seulement appliqué le protocole. Le gouvernement d’Erdogan, après avoir naguère reçu (et assis) Tusk et Juncker sur un strict pied d’égalité, veut faire croire que c’était impossible ici. Alors que justement l’Union européenne venait critiquer la dénonciation par la Turquie de la convention d’Istanbul sur la protection des femmes contre les violences. Les diplomates turcs, pour ceux qui les connaissent, sont loin d’être à la fois aussi stupides et innocents. L’incident a été provoqué.

La suite ici : Incident Michel/ Von der Leyen: le symbole du déclin géopolitique et de l’obésité institutionnelle de l’Europe (carte blanche)